Les Chartrons : un quartier de négoce devenu lieu de vie

Les Chartrons : un quartier de négoce devenu lieu de vie

Histoires de Quartier
24 juin 2026

Comment l’ancien quartier des négociants protestants est devenu l’un des épicentres les plus vivants de Bordeaux.

 

Entre les Quinconces et le Jardin Public, le long de la Garonne, les Chartrons ont toujours cultivé une identité à part. De leurs origines monastiques à l’effervescence actuelle de la rue Notre-Dame, le quartier raconte une histoire singulière, faite de commerce, de patrimoine et de renaissances successives.

 

Aux origines : un faubourg hors les murs

 

L’histoire commence en 1381, lorsque des moines chartreux venus du Périgord s’installent sur une zone encore marécageuse, à l’écart des remparts de Bordeaux. Autour de leur monastère se développe peu à peu un faubourg qui prendra leur nom. À cette époque, on n’y vit pas tout à fait en Bordelais, mais déjà en Chartronnais, dans une sorte de village aux portes de la ville.

 

Le XVIIᵉ siècle : l’arrivée des négociants venus du Nord

 

Le grand tournant intervient au XVIIᵉ siècle, avec l’arrivée de courtiers en vins venus de Hollande, de Flandre, d’Angleterre, d’Irlande ou d’Allemagne. Souvent protestants et interdits de résidence intra-muros, ils s’installent aux Chartrons, où ils bâtissent progressivement une véritable aristocratie marchande.

Le long de la Garonne, les chais se succèdent, tandis qu’à l’arrière, maisons d’habitation, bureaux et caves voûtées cohabitent. Ces fameux immeubles en lanière, étroits sur rue mais profonds vers le fleuve, ont durablement façonné le paysage du quartier.

 

L’âge d’or du XVIIIᵉ siècle

 

Sous l’impulsion de l’intendant Tourny, Bordeaux devient le premier port de France, et les Chartrons atteignent leur apogée. Le « pavé des Chartrons », aujourd’hui cours Xavier-Arnozan, se borde d’hôtels particuliers commandés notamment à l’architecte Étienne Laclotte, témoignant de l’ascension sociale des grandes familles du négoce.

Les négociants ne sont plus seulement des commerçants prospères : certains deviennent députés ou maires de Bordeaux, tandis que leur quartier s’impose comme un centre économique majeur. La rue Notre-Dame accompagne cet essor autour de l’église Saint-Louis des Chartrons, dont la flèche demeure l’un des repères les plus reconnaissables depuis la Garonne.

 

Le déclin discret, puis la renaissance

 

Au XXᵉ siècle, les Chartrons entrent dans une période plus silencieuse. Le déplacement de l’activité portuaire vers Le Verdon prive le quartier d’une partie de sa raison d’être économique, et dans les années 1970-1980, la plupart des négociants quittent leurs chais. Ce sommeil relatif aura pourtant un effet inattendu : préservé des grandes opérations immobilières, le quartier conserve ses caves voûtées, ses porches monumentaux et ses façades en pierre blonde.

Avec la réhabilitation des quais, les Chartrons retrouvent un nouvel élan. La rue Notre-Dame s’impose peu à peu comme la grande rue des antiquaires de Bordeaux, tandis que le Village Notre-Dame, créé en 1982 dans une ancienne imprimerie, rassemble une vingtaine d’antiquaires. Galeries d’art contemporain, concept-stores, ateliers d’artistes et cavistes redonnent alors au quartier un souffle créatif, sans effacer son passé marchand.

 

Les Chartrons aujourd’hui : un art de vivre bordelais

 

Aujourd’hui, autour de la halle des Chartrons, les terrasses ne désemplissent plus. Le dimanche matin, le marché déploie ses étals face à la Garonne, tandis que le Musée du Vin et du Négoce, installé dans d’anciens chais voûtés, rappelle l’épopée des grandes dynasties marchandes.

Plus au nord, la Cité du Vin prolonge cette identité viticole vers les Bassins à flot. Quant aux négociants, ils sont peu à peu revenus, preuve que l’adresse « Chartrons » conserve, dans le monde du vin, une puissance d’évocation singulière.

 

Vivre aux Chartrons : ce que recherchent les acheteurs

 

L’offre immobilière y reste marquée par un patrimoine d’exception : appartements en immeubles de pierre du XVIIIᵉ siècle avec moulures et cheminées d’époque, lofts aménagés dans d’anciens chais aux belles hauteurs sous plafond, maisons de négociants avec cour ou jardin.

Le quartier séduit autant les familles, attachées à son esprit village et à la proximité du Jardin Public, que les amateurs de biens atypiques en quête de volumes, de cachet et d’authenticité. Cette combinaison rare en fait l’un des secteurs les plus recherchés et les plus stables du marché bordelais.

 

Photo: Jon Mokoroa (Creative Commons)