Les hôtels particuliers du Triangle d’Or
Promenade architecturale autour des hôtels Saige, de Lalande, Boyer-Fonfrède et d’autres joyaux du XVIIIᵉ siècle.
Au XVIIIᵉ siècle, Bordeaux connaît un essor spectaculaire. Enrichie par le commerce du vin, du sucre et les grandes routes maritimes, la ville s’impose comme l’une des plus prospères du royaume. Armateurs, négociants et parlementaires souhaitent alors afficher leur réussite dans la pierre, en faisant appel aux architectes les plus en vue de leur époque pour bâtir des demeures à la mesure de leur fortune. Deux siècles et demi plus tard, une grande partie de cet héritage demeure encore visible, parfois presque intacte.
Le siècle de Tourny
À partir des années 1740, l’intendant Tourny transforme profondément Bordeaux. Les Allées de Tourny sont percées entre 1743 et 1757, bientôt suivies par le cours Georges-Clemenceau, dans le prolongement du cours de l’Intendance. Ces trois grands axes composent peu à peu ce que les Bordelais appelleront le Triangle d’Or.
Après la Révolution, l’architecte Chalifour vient achever cette organisation urbaine en dessinant, en 1791, le plan définitif du quartier autour de la place des Grands Hommes, desservie par des rues aux noms inspirés des Lumières : Montaigne, Montesquieu, Voltaire et Rousseau.
L’hôtel de Saige : Bordeaux vu par un Parisien
Cours du Chapeau-Rouge, à quelques pas du Grand-Théâtre, l’hôtel de Saige compte parmi les grandes réussites du XVIIIᵉ siècle bordelais. Construit entre 1775 et 1777 par Victor Louis, l’architecte parisien du Grand-Théâtre, il fut commandé par le puissant armateur François-Armand de Saige.
Son inspiration est clairement italienne, notamment romaine, avec une référence au palais Mancini. La façade impose d’emblée son autorité avec ses bossages à refends, ses colonnes toscanes autour de la porte cochère et ses balcons à balustres soutenus par de lourdes consoles à volutes. Tout le vocabulaire classique y est déployé avec maîtrise.
L’édifice a ensuite connu une longue vie publique, puisqu’il a accueilli la préfecture de la Gironde de 1808 à 1993 avant d’être transformé en appartements privés. Il est classé monument historique depuis 1997.
L’hôtel Boyer-Fonfrède : l’autre empreinte de Victor Louis
À quelques mètres de là, au 1 cours du Chapeau-Rouge, l’hôtel Boyer-Fonfrède occupe l’angle de l’îlot Louis. Édifié entre 1774 et 1778, lui aussi par Victor Louis, il fut commandé par le négociant Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède.
L’hôtel, notamment réputé pour son escalier monumental, s’inscrit dans une vaste opération d’urbanisme liée à la construction du Grand-Théâtre. Louis XV avait en effet cédé à la ville une partie du glacis du château Trompette afin de contribuer au financement du projet, avant que les terrains ne soient revendus en lots aux grandes familles bordelaises, qui y firent bâtir des demeures prestigieuses.
L’hôtel Boyer-Fonfrède est inscrit aux Monuments historiques depuis 1963.
L’hôtel de Lalande : l’élégance d’une demeure bordelaise
Rue Bouffard, l’hôtel de Lalande offre une atmosphère différente. Ici, l’effet monumental s’efface au profit d’une demeure pensée comme un cadre de vie raffiné, intime et équilibré.
Construit en 1778-1779 par l’architecte bordelais Étienne Laclotte pour un conseiller au Parlement, l’hôtel reprend le grand modèle classique de la demeure « entre cour et jardin ». Dès 1785, un guide de Bordeaux le mentionne parmi les seize plus beaux hôtels particuliers de la ville.
Depuis 1950, il abrite le madd-bordeaux, le Musée des Arts décoratifs et du Design, dont les salons permettent aujourd’hui de saisir, mieux que partout ailleurs, ce que pouvait être l’art de vivre bordelais au siècle des Lumières.
Acquérir un appartement dans un hôtel particulier du Triangle d’Or, c’est donc bien plus qu’acheter une adresse : c’est entrer dans une histoire faite de hauteurs sous plafond remarquables, de parquets anciens, de moulures, de cheminées d’époque et de façades classées ou protégées. Ces biens restent rares, souvent transmis au sein des familles, et figurent parmi les plus recherchés du marché immobilier bordelais.
Crédit photo: Jefunky sous license Creative Commons